Comment je suis devenu psychiatre psychothérapeute

Rien ne me prédestinait à devenir Psychiatre.

Au cours de mes études de médecine, j’étais très intéressé par la chirurgie et particulièrement la chirurgie plastique et reconstructrice. Comme à l’époque, dans les années 1970, il n’y avait pas en France d’école, je me destinais à aller apprendre ce métier aux USA. En juin 1975 je me suis présenté à un concours pour pouvoir aller aux états unis. J’ai échoué, mais de peu, de sorte que je m’étais promis de me représenter l’année suivante. J’avais mon internat à valider, et je souhaitais quitter la faculté de Lille pour aller prendre un poste en Haute-Savoie. Je me suis retrouvé interne dans un ancien Sanatorium dans un village près de Morzine en octobre 1975. Le médecin chef apprécie beaucoup mon travail et me nomme en avril 1976 médecin assistant et me confie un service de 35 lits. Je pratique alors un peu de cardiologie, de pneumo-phtisiologie et d’endocrinologie. Aucun de mes confrères ne souhaitaient prendre en charge les patients qui présentaient des problèmes psychiatriques. Ils étaient suivis par un psychiatre externe, consultant, qui venait faire une vacation deux fois par mois. Je me suis proposé d’assumer le suivi sous sa houlette.
Il y avait par exemple, des jeunes patientes qui avaient des troubles alimentaires type anorexie mentale. Pour elles, j’avais mis en place un cadre extrêmement généreux en imposant aucune contrainte et en misant sur l’accueil à distance des problématiques familiales. Avec le soutien psychologique que je leur prodiguais. J’arrivais à les voir 2 à 3 fois par semaines pour de longs entretiens de sorte que lorsque je suis renté du Maroc (contrairement à ce que souhaitait mon médecin directeur) je l’ai convaincu que ma place était dans l’animation d’un service réservé aux souffrances morales et psychologiques. J’ai travaillé dix ans de 1981 à 1991 avant de me décider à m’installer en cabinet privé. Je me sentais apte à prendre seul en charge des patients à souffrance morale, de 1976 à 1991. Le contexte dans lequel nous étions était splendide. On était dans un ancien sanatorium à 800 mètres d’altitude avec possibilité de skier à 2 km dans un immense domaine nommé « Les portes du soleil » qui comptent des pistes à Avoriaz et St Jean D’Aulx. Il m’est arrivé plus d’une fois de partir avec mes patients en montagne et de consulter sur le bord des pistes. Il y avait une proximité un attachement, une totale neutralité bienveillante de ma part qui était sécurisant pour ces patients. Les choses évoluaient bien pour moi, et j’ai fait cela jusqu’à la fin de mon sursis en novembre1978. Au cours de cette période, outre la psychiatrie, je participais enfin à la chirurgie pratiquée dans la clinique. C’était de la chirurgie thoracique broncho-pleuro- pulmonaire. Je suis nommé à Marrakech et j’ai la chance de pouvoir obtenir un poste dans un grand hôpital pneumo-phtisiologue. Là j’y pratiquerais beaucoup de chirurgie. Hélas, faute de suivi, les résultats étaient désastreux. Les suites opératoires étaient nulles. Je me suis alors promis une fois mon contrat fini, de ne pas persévérer à mon retour en France, à la chirurgie. Lorsque j’ai échoué au Maroc comme médecin – chirurgien, j’opérais des malades tuberculeux qui avaient des grosses séquelles pulmonaires et ces opérations se soldaient souvent par des échecs en raison des suites opératoires, Le manque de surveillance, de soins et d’hygiène stricte prodigué par le personnel soignant. Cela ne me convenait pas et je me suis dit que lorsque je rentrerai en France, je m’instruirai pour exercer convenablement la psychiatrie. 
Mon cursus de psychiatre a commencé en 1981 et fut achevé en 1984 (mais en fait depuis 1976, j’étais le seul à m’occuper des patients à problématique mentale (car les autres médecins qui travaillaient avec moi ne voulaient pas en entendre parler). Il y avait en moyenne 30 à 35 lits réservés aux patients psychiatriques et ils étaient suivis par un psychiatre qui venait faire des vacations deux fois par mois. On a sympathisé et j’étais assez admiratif je trouvais car il était sympathique et assez excentrique. D’une certaine façon il me fascinait par la manière dont il abordait les résiliences de ces personnes qui venaient pour se mettre à l’abri pendant quelques temps face à des situations professionnelles extrêmement difficiles. Un jour il m’a dit : » tu sais Franck, tu as toute ma confiance et tu pourrais les prendre en charge pendant mon absence », de sorte que j’ai pu mettre en place un cadre suffisamment rassurant pour prendre en charge des pathologies lourdes comme des dépressions majeures et de patients ayant des troubles de la personnalité. Dès mon retour du Maroc en 1980, le médecin directeur me demande de me spécialiser en rééducation fonctionnelle, ce que je n’ai pas fait pour plusieurs raisons, dont la principale était que cela ne me plaisait pas du tout. J’ai donc laissé passer une année universitaire ; l’année suivante, je lui ai proposé de me spécialiser en psychiatrie. Cela m’apparaissait cohérent avec le recrutement des malades dans cette institution.
Cela n’a pas été facile, car je cumulais le travail à temps plein dans la clinique avec ses 35 lits de psychiatrie d’une part. Je devais me rendre à la faculté de Grenoble chaque lundi. Je devais suivre des séminaires le soir dans le département. De plus je devais travailler dans un service public de psychiatrie. Le chef de ce service m’a validé cette formation sur la base d’une matinée 3 fois par semaine. Mais j’ai réussi à décrocher mon certificat d’études spéciales en psychiatrie en juin 1984, j’avais 32 ans.

Je resterais encore 6 ans, après la fin de ma spécialisation, dans ce sanatorium, à me construire une excellente et solide expérience et réputation locorégionale. Je m’étais fixé comme objectif de m’installer en cabinet libéral avant mes quarante ans. Mais j’étais coincé par l’achat d’un domicile et d’un cabinet, le marché immobilier était très restreint à cette époque.

Finalement, j’ai trouvé un superbe appartement à 200 mètres du port en 1989, où j’ai installé ma famille. Et deux ans plus tard j’ai enfin trouvé le local idéal pour le cabinet, en rue piétonne en face de la source Cachat. J’ai ouvert mon cabinet le 18 août 1991, à l’âge de 39 ans. Je pensais avoir des débuts difficiles et contrairement à mes craintes mon agenda était quasi plein. En 1992, je devais refuser des souffrants.
La suite a été dix-huit ans de bonheur avec des patients merveilleux.

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Je m’étais donc installé en 1991 dans d’excellentes conditions, d’une part j’étais complètement mûr pour assumer la pathologie de ville, j’avais mon cabinet en rue piétonne en face de la source des eaux d’Évian et nous vivions dans un très vaste appartement au dernier étage à deux minutes à pieds de mon cabinet. L’activité du cabinet a été directement un succès, en 1994 mon agenda était complet pour toute l’année à l’exception d’une consultation que je réservais pour les urgences. Car j’avais des patients qui étaient limite hospitalisation.

Mais En raison de graves problèmes de santé j’ai été contraint de cesser d’exercer et j’ai fermé mon cabinet le 1er novembre 2008, à grand regret mais je n’avais pas d’autre choix.

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